C’est une histoire d’extrêmes : quand il pleut, les pluies sont torrentielles, et quand elles se font attendre, la sécheresse s’installe. Entre fin 2023 et mi-2024, la Tanzanie a été frappée par des inondations et des glissements de terrain dévastateurs dans plusieurs régions, causant au moins 155 décès, affectant plus de 200 000 personnes et entraînant le déplacement de dizaines de milliers d’habitants. Sur la même période, d’autres zones du pays ont souffert de sécheresses sévères : dans les régions du nord et du centre, des centaines de milliers de têtes de bétail ont été perdues en raison du manque d’eau et de pâturages. Selon le rapport 2023 du PNUD sur l’assurance et le financement des risques, les pertes économiques annuelles liées à la baisse des rendements des principales cultures, dans les conditions climatiques actuelles, sont estimées à 140 millions de dollars en Tanzanie.
Face à ces chocs, et pour mieux anticiper ceux à venir, le gouvernement tanzanien et ses partenaires de développement mettent en place des mesures d’urgence ainsi que des stratégies de résilience à plus long terme. Toutefois, dans un contexte de hausse de la dette publique et de baisse des financements des bailleurs de fonds liée au contexte géopolitique mondial, les prestataires de services financiers ont un rôle de plus en plus crucial à jouer, ainsi qu’une réelle opportunité de développement. En proposant des produits d’assurance, d’épargne, de crédit et de paiement adaptés aux enjeux climatiques, ils peuvent aider les populations à mieux se préparer et à se relever des chocs climatiques, tout en générant de nouvelles sources de revenus et en renforçant la résilience du secteur financier sur le long terme.
Quelques grandes banques ont déjà commencé à s’imposer dans le paysage du financement climatique en Tanzanie, en s’appuyant sur leurs capacités financières et institutionnelles pour investir dans ce domaine en pleine évolution. Toutefois, le financement de l’adaptation ne sera véritablement inclusif que s’il atteint les institutions les plus proches des communautés vulnérables face au climat. En Tanzanie, cela signifie veiller à ce que les prestataires de services financiers inclusifs, ceux qui servent les populations à faibles revenus et les groupes vulnérables, ne soient pas laissés pour compte.
Les prestataires de services financiers inclusifs font face à des obstacles plus importants
Si les progrès de la Tanzanie dans la mobilisation du financement climatique sont encourageants, un écart important subsiste : les prestataires de services financiers inclusifs, tels que les institutions de microfinance (IMF) et les coopératives d’épargne et de crédit (SACCO), manquent souvent de capitaux, de partenariats et d’expertise pour initier des investissements climatiques significatifs.
Les banques et les prestataires de services financiers inclusifs jouent des rôles complémentaires dans le système financier tanzanien. Les banques sont bien positionnées pour financer des investissements climatiques nécessitant des capitaux importants, tandis que les prestataires inclusifs sont plus proches des petites et moyennes entreprises. Renforcer leur accès à des financements abordables est essentiel pour soutenir des investissements adaptés aux enjeux climatiques au niveau des communautés et des ménages.
Les financements climatiques, qu’ils soient nationaux ou internationaux, ont tendance à privilégier les grandes banques : les processus d’accréditation et de décaissement exigent des investissements initiaux importants de la part des prestataires, notamment pour répondre à des exigences strictes en matière de gestion financière, de normes environnementales et sociales, et pour développer une expertise interne sur les problématiques liées au climat. Les grandes banques sont souvent mieux équipées pour répondre à ces exigences, tandis que les petits prestataires de services financiers peinent à accéder aux fonds concessionnels destinés au financement climatique. Par conséquent, les solutions de financement abordables pour l’adaptation climatique restent largement hors de portée des prestataires qui desservent les populations les plus vulnérables, notamment les communautés rurales, les agriculteurs, les pêcheurs et les ménages vivant dans les zones les plus exposées aux effets du changement climatique.
L'enjeu dépasse la simple dimension morale. Les populations à faibles revenus et les communautés vulnérables au climat représentent une part importante du secteur agricole, pilier de l’économie tanzanienne. Lorsque la stabilité de ces communautés est fragilisée, la production agricole en souffre, la croissance du PIB ralentit, les finances publiques sont mises sous pression et les risques économiques se multiplient.