Le mobile money est devenu un pilier essentiel de la finance numérique dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Il ne constitue plus simplement un moyen pratique d’envoyer de l’argent. Il influence désormais la manière dont les ménages gèrent les risques, lissent leur consommation et conservent leur épargne. La question est désormais de savoir si cette dynamique peut aller au-delà de l’inclusion financière et renforcer la santé financière des populations.
Le rapport "Le point sur le secteur : les services de mobile money dans le monde 2026" met en lumière à la fois les progrès accomplis et les défis qui subsistent. Plus de 2 000 milliards de dollars ont transité par les portefeuilles de mobile money en 2025, soit deux fois plus qu’il y a seulement quatre ans (figure 1). Pourtant, 1,3 milliard d’adultes, principalement dans les pays à revenu faible et intermédiaire, restent exclus des services financiers. Les inégalités entre les sexes persistent : en 2024, les femmes de ces pays étaient 36 % moins susceptibles que les hommes de détenir un compte, contre 30 % en 2021. Dans ce contexte, la croissance du mobile money demeure essentielle, car il s’agit de l’un des rares outils financiers capables de toucher à grande échelle les populations à faibles revenus, rurales et travaillant dans l’économie informelle.
Un cap des 2 000 milliards de dollars franchi
En 2025, la valeur des transactions réalisées via le mobile money a dépassé les 2 000 milliards de dollars à l’échelle mondiale. L’Afrique subsaharienne représentait à elle seule les deux tiers de ce total, confirmant sa position d'épicentre du mobile money. L’Afrique de l’Est a enregistré 806 milliards de dollars de transactions, soit le volume le plus élevé parmi toutes les sous-régions. L’Afrique de l’Ouest arrivait en deuxième position avec 498 milliards de dollars, tandis que l’Afrique du Nord a connu une forte progression, avec une hausse de 41 % pour atteindre 15 milliards de dollars.
Les moteurs de cette croissance ont évolué. Précédemment, les transferts de personne à personne (P2P) et les achats de crédit téléphonique dominaient les usages. Aujourd’hui, si les transferts P2P restent essentiels, les paiements marchands, les règlements de factures, les paiements de masse et les transferts internationaux, regroupés sous le terme de transactions de l’écosystème, représentent une part croissante des flux.
Les paiements marchands constituent désormais le cas d’usage connaissant la croissance la plus rapide. Leur valeur a augmenté de près de moitié pour atteindre 155 milliards de dollars en 2025. L’Afrique de l’Est a généré les trois quarts de cette croissance, illustrant l’intégration croissante du mobile money dans les transactions du quotidien. En 2025, 45 milliards de dollars de transferts internationaux ont été effectués via le mobile money, dont plus d’un tiers en Afrique de l’Ouest. L’essor des transactions de l’écosystème permet aux fournisseurs de diversifier leurs revenus et aux utilisateurs d’accéder à une gamme plus large de services financiers numériques.
Pourquoi les taux d’activité sont importants
L’adoption du mobile money ne suffit plus à elle seule. La forte croissance du nombre de comptes enregistrés s’est accompagnée d’une augmentation de leur utilisation effective, notamment sur une période de 30 jours. Dans toutes les grandes régions, la proportion de comptes utilisés au moins une fois par mois a progressé en 2025. À l’échelle mondiale, le taux d’activité à 30 jours a augmenté d’un demi-point de pourcentage pour atteindre 25,7 %, après avoir connu une baisse progressive depuis 2021. Les usages mensuels ont également progressé en Amérique latine et dans les Caraïbes, en Afrique subsaharienne et dans la région Asie-Pacifique.
Du point de vue de la santé financière, l’usage compte davantage que l’accès. Les comptes dormants contribuent peu à aider les ménages à faire face aux chocs ou à planifier l’avenir. Une utilisation régulière pour les paiements, les transferts ou l’épargne permet de constituer un historique de transactions numériques, de mieux gérer des revenus irréguliers et de réduire les risques liés à la détention d’espèces, tels que le vol ou la perte. Une interaction fréquente facilite également la fourniture de services complémentaires, comme le crédit, qui repose souvent sur l’analyse des comportements financiers.
Cela signifie toutefois qu’à l’échelle mondiale, trois comptes enregistrés sur quatre ne sont toujours pas utilisés chaque mois. Malgré cet écart marqué entre les comptes enregistrés et leur utilisation réelle, le recours au mobile money a progressé plus rapidement que la croissance démographique. Le nombre de comptes actifs sur 30 jours pour 100 000 adultes a été multiplié par quatre au cours de la dernière décennie (figure 2), confirmant que le mobile money est désormais un service de masse et non plus un produit de niche.