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Crise du COVID-19: impactés mais pro-actifs, les jeunes contre-attaquent par l’innovation

posté par Le Hub de la Finance Digitale , le 06 mai 2020
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Par Kate Okoue, Rebecca Szantyr, Elizabeth Berthe
Mai 2020

Selon l’OIT, la baisse du temps de travail au deuxième trimestre 2020 devrait être nettement pire que prévu. Les estimations de l’OIT révèlent qu’à l’échelle mondiale, le premier mois de la crise a abouti à une baisse des revenus des travailleurs informels de 60 pour cent. La baisse attendue en Afrique est la plus forte, 81 pour cent. En effet, la croissance Africaine est fortement ralentie, particulièrement dans l’Union Economique et Monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), zone dynamique de la région. La demande extérieure est en berne, les chaînes d’approvisionnement sous tension, et les productions nationales ralenties. En autre conséquences, la lutte contre l’employabilité s’annonce longue et difficile. En Afrique de l’Ouest où l’emploi informel représente 92,4 % de l’emploi global, tous secteurs confondus, l’impact de cette crise sanitaire sera encore plus fort à cause des différentes mesures sanitaires prises par les gouvernements mettant à mal ce secteur.On le sait, les crises ont un impact plus négatif sur les populations les plus vulnérable et le COVID-19 ne sera pas une exception. Déjà confrontés au défi mondial du sous-emploi, les jeunes, et en particulier les jeunes femmes sont en première ligne de cette crise sanitaire mondiale dont les répercussions financières, économiques et sociales s’annoncent sans précédent.

Comment les jeunes font-ils face ? Comment engager les jeunes dans la gestion de la crise et dans la préparation de l’après? Bien qu’un soutien financier à court terme soit nécessaire, les différents niveaux d’impact et une stratégie à long terme devraient être pris en considération.

La pandémie COVID-19 a eu un impact sur presque tous les aspects du paysage économique et commercial de l’Afrique et a redessiné les perspectives de croissance à travers le continent. Chez les jeunes qui étaient en passe de trouver un emploi, ceux-ci voient ce processus suspendu jusqu’à nouvel ordre et cela souvent sans informations aucunes de leurs potentiels employeurs. Gérer cette crise est la priorité dira t’on. “Etant dans un processus de recrutement déjà bien engagé et étant sur le point de conclure, cette crise contribue à rallonger ma période d’inactivité. Mes chances de rentrer dans la vie professionnelle sont reportées à je ne sais quand. ” constate amèrement Dirk-Emmanuel Okoué, jeune diplômé ivoirien en quête d'une première expérience professionnelle. En outre, ce sont encore les jeunes dans les entreprises qui, du fait du COVID, sont susceptibles de perdre leur emploi en premier car jugés moins expérimentés. Les stages ou contrats à durée déterminée ont de fortes chances de ne pas être renouvelés. Par ailleurs, bon nombre de jeunes s’étant lancés dans l’aventure entrepreneuriale auront également du mal à survivre à la crise et cela pour plusieurs raisons telles que le manque d’organisation, d'expérience face à la gestion de crise, mais aussi  de ressources financières. Il est nécessaire de créer des occasions pour les jeunes, d’identifier des solutions aux problèmes communautaires liés au COVID-19. En Afrique de l’Ouest, plus de trois jeunes sur quatre travaillent dans le secteur informel. Ils travaillent dans le secteur agricole par exemple, ou ont des magasins sur des marchés. L’incitation à rester à la maison a de lourdes conséquences sur les propriétaires de ces échoppes pour qui il est désormais difficile de joindre les deux bouts. Comment expliquer le confinement lorsque le travail quotidien est le seul moyen de subvenir à ses besoins et ceux de sa famille ?  Il est important de mobiliser les réseaux de jeunes pour informer, co-concevoir et soutenir la réponse de COVID-19 via les réseaux sociaux, les associations des jeunes, et la communication locale au sein des communautés.
La décision de nombreux pays de fermer les magasins considérés non essentiels, d’inciter les gens au télétravail, de considérablement réduire les déplacements des populations, ainsi que l’instauration de couvre-feu et de confinements partiels ou totaux a eu un effet démoralisant chez la population, en particulier chez les jeunes .En plus d’affecter leur vie professionnelle, leur vie sociale est également mise à rude épreuve car ceux-ci ne peuvent plus se rendre dans leurs lieux de sociabilité habituels. Tout est momentanément à l’arrêt.

L’heure est à la confusion et au stress pour la plupart, mais plus que jamais les jeunes font preuve de résilience. Ils font face et réagissent au virus par l’innovation à impact social.
En effet, de nombreux jeunes travailleurs et entrepreneurs ont choisi de voir le verre à moitié plein et de se positionner comme acteurs du changement, le confinement ne freinant ni l’imagination ni la réflexion. Plusieurs applications, à l’image d’AntiCoro, créée par l’association de dix startups ivoiriennes et de SOS-Covid de la startup camerounaise House Innovation ont été développées. Parmi leurs fonctionnalités, l’on retrouve entre autres, la possibilité de s'auto-diagnostiquer au regard des symptômes que l'on présente, de suivre l'évolution de la maladie à travers le monde et s'informer sur les précautions à prendre pour se protéger. Ces applications permettent également aux utilisateurs de demander une assistance par géolocalisation, offrent une cartographie des zones infectées et identifient les points d’approvisionnement en produits de première nécessité, les solutions d’e-learning ou de télétravail disponibles.

Dakarmask

Le secteur de la mode n’est pas restée en marge de ces efforts de lutte contre le Coronavirus. Plusieurs jeunes tailleurs et couturiers dont l’activité a été très ralentie ont su repositionner leur activité en se lançant dans la création de masques devenus obligatoires dans les lieux publics à Dakar, au Sénégal mais aussi à Abidjan, en Côte d’Ivoire depuis le mois d’avril 2020. Ces jeunes ont su trouver preneurs et varier leurs points de distribution : sociétés, pharmacies, boulangeries, traiteurs, particuliers, ou même associations qui les redistribuent aux plus démunis.C’est le cas de La marque Sénégalaise, Leslymacfashiondesigner qui a saisi cette opportunité pour s’adapter. “J’avais anticipé la demande des masques parce que je savais qu’il y aurait un pic, tout comme ce qui se passe actuellement. Notre activité de création de masques  nous permet de garder notre personnel et payer les charges fixes” affirme Charlène Lesley, fondatrice de la marque.
Dans la même veine est née la startup Dakar Masks, fruit de la collaboration entre des entrepreneurs et artisans sénégalais qui ont décidé de fabriquer des masques en tissus aux normes définies par le CHU de Grenoble. Pour s’assurer de leur efficacité, Demba Guèye, le fondateur de Dakar Masks explique qu’un test a été mis au point: « On actionne un briquet devant chaque masque, puis on souffle. Si la flamme ne s’éteint pas, cela montre que l’air ne traverse pas le tissu. Le virus a dès lors peu de chances de s’incruster dans le tissu ». Il ajoute que les commandes de masques se font à travers un numéro WhatsApp mis à disposition et pour limiter les contacts et les déplacements, ceux-ci sont livrés à domicile.

KayRakhasouUn autre bel exemple d’innovation est celui du concept de lave-mains automatique, Kayy Rakhassou, ( en wolof qui signifie: "viens te laver les mains" en français ) imaginé et concrétisé par Ibrahima Ndiaye et Ousmane Diop, deux jeunes entrepreneurs sénégalais. La particularité de cet appareil est qu'il fonctionne avec l'énergie solaire, rendant son utilisation totalement autonome et durable. Prochaine étape espérée par les deux entrepreneurs : des partenariats avec des entreprises, des gouvernements et des communes pour augmenter leur volume de production.

Les services de livraison sont également très prisés en cette période.Oumar Basse est co-fondateur de Yobante Express, une marketplace qui connecte les livreurs aux commerces locaux afin d’optimiser la livraison aux derniers kilomètres dans les pays en développement. Il explique que sa plateforme a dû faire preuve de créativité et d’empathie et aussi rapidement s’adapter aux nouvelles donnes qu’impose la crise:  livraisons sans contacts avec le strict respect des gestes barrières. “ Nous avons mis en place les programmes #yesfood (livraison de nourriture) et #region (livraison dans toutes les régions) en étroite collaboration avec le ministère du commerce et de la DER (Délégation Générale à l'Entrepreneuriat Rapide des jeunes et des femmes). Nous apportons des solutions concrètes à la problématique liée à la distribution de pain avec le dispositif “ Diaym Mbourou” (vends moi du pain en français)  : Nous livrons gratuitement les zones comme Ouest-Foire, Sud-Foire, Ouakam, Yoff, Mamelles.
Masques, lave-mains, services de livraison à domicile, applications; l’adaptation de certaines activités ou la création de nouveaux services, s’est annoncée lucrative et contribue fortement à la survie de nombreuses entreprises et à la santé de la communauté.

Les pensées sont généralement pessimistes s’agissant de l’Afrique. Cependant le potentiel est là. Face à ces réflexions, l’Afrique doit rester mobilisée. Elle a besoin de solutions propres à son contexte et montre déjà sa capacité à se réinventer.« Les Africains doivent ‘occuper le terrain’ et devenir des acteurs de premier plan du développement du continent. Des parties prenantes comme le secteur privé et les milieux académiques doivent s’impliquer davantage pour le développement durable », a dit madame Ahunna Eziakonwa, Sous-secrétaire Générale Adjointe et Directrice du bureau régional pour l’Afrique du PNUD. En cela, les jeunes constituent un véritable atout pour l’Afrique et doivent être mis à contribution de façon significative dans le développement d’interventions sanitaires, économiques et sociales en réponse au COVID-19. Par ailleurs, Le secteur privé a un rôle primordial à jouer dans cette guerre sanitaire contre le COVID-19. C’est le moment d’accompagner ces jeunes dans le renforcement de leurs capacités. A ce sujet, beaucoup de formations, ou d’outils en tout genre sont mis en ligne et offerts gratuitement. Il faut également les aider à être autonomes, à innover et à apporter des solutions au monde dans lequel ils souhaitent vivre. Cela peut se faire par la mise en place par exemple de partenariats solides avec les start-ups afin de maximiser l’impact des solutions innovantes naissantes.  « Le secteur privé a un rôle majeur à jouer, car nous pouvons très rapidement nous mobiliser pour mettre nos actifs et notre expertise en service », affirme Rob Shuter, président de MTN.

La reprise va être lente, très lente. L’avenir s’annonce difficile mais la sortie de la crise se fera … ensemble. Beaucoup d'initiatives positives émergent, il est plus que jamais nécessaire de collaborer et de se coordonner afin de venir à bout de cette pandémie. Il existe de nombreuses opportunités afin de mettre à profit cette période difficile pour innover, renforcer ses capacités, se préparer et se préparer à rebondir après la fin de la pandémie. De nombreuses initiatives positives émergent, il est plus que jamais nécessaire de collaborer et de se coordonner. Le monde d'après sera  très différent - notre travail collectif maintenant, ensemble, peut aider à le façonner pour de bon.

 

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